Pourquoi votre cerveau a besoin de la natation

Ce texte est une traduction d'un texte publié ICI.


La lumière se reflète sur l’eau de la piscine. Lorsque je trouve mon rythme, le reste du monde disparaît, et je flotte dans le merveilleux vide qui accompagne la natation. Je ne ressens plus la gravité. Les sons sont assourdis. L’eau, autre que la résistance qu’elle crée, est presque imperceptible sur ma peau. Mon esprit se met au ralenti. Comme diraient les sportifs, je suis « dans la zone ».

« L’eau nous soutient différemment que la terre » a dit Mark Tewksbury, une icône de la natation canadienne qui a, entre autres, gagné une médaille d’or aux Jeux olympiques de Barcelone en 1992. « C’est très méditatif. »

Malheureusement, la journée où je devais interviewer Mark Tewksbury, je me suis trompée et j’étais en retard. Nous étions à l’heure d’été depuis la nuit précédente, et bien que mon ordinateur et mon téléphone se soient ajustés automatiquement, les horloges de ma maison ne l’ont pas fait. J’étais en train de décider quoi faire pour dîner quand j’ai reçu un courriel.

« Je voulais simplement vérifier que ça marche encore aujourd’hui… »

J’ai réalisé mon erreur. J’avais 17 minutes de retard! C’est quoi mon problème? Comment puis-je être aussi tête en l’air? Pourquoi…?

Et puis je l’ai ressenti. Une vague de calme s’est emparée de moi. J’ai appelé, fais mes excuses, et commencé l’entrevue. Je donne tout le crédit de ma réaction à ma routine de natation quotidienne.

Je m’explique : personne n’aime faire une erreur idiote, mais pour certains, ça passe comme l’eau sur le dos d’un canard, tandis que pour d’autres, comme moi, c’est la catastrophe. Même une erreur sans conséquences graves me laisse dans tous mes états pendant des heures, parfois même des jours. Pour aider à combattre ces sentiments, j’ai toujours essayé d’avoir une routine de mise en forme, mais ce n’est qu’il y en une dizaine d’années, lorsque j’ai déménagé en face d’un centre communautaire dans lequel il y avait une piscine, que j’ai commencé la natation. Une fois habituée à ma routine, j’ai remarqué que je ressentais un bien-être qui surpassait la dose d’endorphine que me procuraient les autres entraînements cardio; un bien-être qui se rapprochait plutôt de ce que mes amis qui pratiquent le yoga me parlaient. C’était logique. Un sport à faible impact, un contrôle de la respiration, les stimuli étouffés… Tout ça en plus de mon affinité de toute une vie pour être au contact de l’eau.

Le Canada possède le cinquième des réserves d’eau douce de la planète, ainsi que le plus long littoral au monde. Comme beaucoup d’enfants canadiens, j’ai grandi en ayant accès à des endroits où nager. Ma ville natale, North Bay, en Ontario, se situe sur deux lacs : le lac Nissiping, grand, chaud et peu profond, et le lac à la Truite, plus petit, froid et profond. Les cours de natation étaient pratiques, abordables, et offerts sur les plages publiques des deux lacs; les étés pour mes frères et sœurs et moi étaient donc passés à perfectionner nos aptitudes de nage. Au soleil comme sous la pluie, seuls les risques d’éclair pouvant annuler une session, nous avons plongé, et je garde de bons souvenirs de mes sourires en claquant des dents pendant que ma mère me félicitait et m’enrobait d’une serviette.

Mon amour de l’eau s’étend aux piscines. Je me souviens les journées à flâner dans la cour en écoutant les éclaboussures et les rires des voisins, en espérant me faire inviter. Lorsque mes propres enfants étaient petits et que nous étions à la recherche d’une maison, je refusais tout ce qui n’avait pas de piscine creusée. Plus récemment, alors que je cherchais un condo dans le marché compétitif du centre-ville de Toronto, j’ai raté quelques occasions et attendu deux ans pour finalement en trouver un dans le complexe de mes rêves : un avec une grande piscine intérieure. Je ne suis pas vraiment un exemple de discipline, et s’il y a une chose que je sais de moi et mon engagement envers le sport, c’est que plus je suis près des installations, plus il y a de chance que je maintienne ma routine.

Étonnamment, Tewksbury ne nage pas régulièrement, mais il applique sa grande discipline pour s’entraîner et pour gérer Great Traits, une entreprise de leadership et de développement d’entraînement qu’il a cofondée avec Debbie Muir, entraîneure aux Jeux olympiques. Il est certain que l’attrait de l’eau ne le quitte jamais; l’été dernier, pendant les Olympiques de Rio, il faisait partie de l’équipe CBC, et il a été nagé après une journée stressante. Depuis son podium et sa retraite, il y a près de 25 ans, il a rempli sa vie de nouvelles expériences.

« Laissez-moi vous expliquer », dit-il. « J’ai commencé à nager quand j’avais 8 ans après avoir regardé les Olympiques à Montréal, et j’avais envie d’en faire partie. Mais ensuite, pendant plusieurs décennies, je n’ai jamais eu le droit de faire autre chose. »

Il dit également qu’en tant que personne qui a grandi en faisant de la natation compétitive en équipe, il a de la difficulté à nager seul et pour le plaisir.

Je comprends l’idée de solitude. En comparaison avec les autres sports que j’ai pratiqués, comme le volleyball, le bateau-dragon, le curling et la course en groupe, mes nages quotidiennes sont très solitaires.

Sandy Oliver, une femme de Toronto de 76 ans qui n’a appris à nager qu’à 40 ans, dit que la natation n’a pas à être une activité solitaire. Elle s’est presque noyée lorsqu’elle était petite et elle était terrifiée de l’eau. Elle s’est assurée de faire suivre des cours de natation à ses quatre enfants, mais elle-même n’y participait pas. Un jour, elle a réalisé qu’elle ratait une belle occasion de s’amuser et de rester en forme, alors elle s’est inscrite à un programme Scared Skinny qui était offert au YMCA local. Elle s’est ensuite inscrite avec Maîtres Nageurs Canada, et ça a changé sa vie.

[…]

Sandy, qui fait partie du Thornhill Masters Aquatic Club, a compétitionné à tous les niveaux pendant plusieurs années, accumulant médailles et estime d’elle-même. Au point de vue de la forme physique, ses efforts ont été récompensés par un poids parfait depuis 30 ans, une tension artérielle basse et une énergie qui se remarque et l’aide à prendre soin de sa maison et de son jardin.

Même si elle est fière de ses réussites physiques, l’aspect social du programme est de loin son préféré.

« J’ai rencontré tant de personnes et je me suis fait tellement d’amis, et pas seulement dans mon équipe, mais de partout » s’exclame-t-elle. Son entraîneur et propriétaire du Thornhill Multisport, Ian Feldman, confirme que la camaraderie au sein du groupe surprend ceux qui se sont inscrits simplement pour retrouver la forme ou la maintenir.

« Mettez un groupe de personnes ensemble régulièrement, qui partagent un intérêt et un objectif communs, et les amitiés se développement naturellement, que ce soit par les conversations dans les vestiaires, les rassemblements autour de la piscine, ou les sorties après l’entraînement. »

Pour moi, même si je chéris mes moments seule dans la piscine, l’ajout d’un aspect social est attirant.

Ça pourrait être bien de voir la lumière qui se reflète sur l’eau avec un kaléidoscope de nouveaux amis.

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