De l’eau à perte de vue : Korzekwa traversera le détroit de Cook à la nage le 16 mars

Par Laura E. Young

On peut se demander comment de temps Marilyn Korzekwa, la meilleure nageuse de fond au Canada et nageuse non affiliée chez les Maîtres en Ontario, va encore nager.

La liste de ses réalisations en natation est aussi longue que les kilomètres qu’elle a parcourus en eaux douce et salée partout sur la planète. La psychiatre, qui habite à Hamilton, a complété la rare traversée sud-nord et nord-sud du Lac Ontario (1983, 1984) et elle est la première Canadienne à détenir la Triple Couronne en nage de fond : la Manche (2011), le canal Catalina (2013) et le Manhattan Island Marathon Swim (2014). En 2015, elle est devenue la première nageuse à traverser 3 provinces en nageant dans le détroit de Northumberland.

Cela ne lui suffit pas : le 16 mars, Korzekwa, 58 ans, va essayer de devenir la première Canadienne et la femme la plus âgée à traverser à la nage le détroit de Cook, qui sépare les deux principales îles de la Nouvelle-Zélande.

Selon le site Internet Cook Strait Swim, seulement 84 personnes provenant de 11 pays ont réussi un total de 94 traversées.

La nageuse et son entraîneuse Colleen Shields ont récemment répondu à quelques questions sur sa carrière. Colleen Shields est membre du club des maîtres d’Etobicoke et détient le record de la personne la plus âgée à avoir traversé le lac Ontario (2014).

Elle sera l’entraîneuse et la meneuse de Korzekwa lors de sa traversée du détroit de Cook. C’est la tentative échouée de Shields en 2010 qui a inspiré Korzekwa à reprendre sa carrière de nageuse de fond, qui était en sursis depuis 1984.

Korzekwa nage dans le but d’amasser 10 000 $ pour la Fondation SashBear. L’organisme honore la mémoire de Sasha Menu Corey, qui s’est suicidée à l’âge de 20 ans.

http://www.sashbear.org/en/about-us/join-the-wave

Marilyn, pourquoi cette nage?

J’aime avoir un lien émotif avec mes nages, et je suis tombée en amour avec la Nouvelle-Zélande lors d’une visite en 2011. Je suis fière de représenter le Canada et cela signifie beaucoup pour moi d’être la première Canadienne à relever ce défi.

En quoi cette épreuve est-elle différente des autres que vous avez réalisées?

Cette épreuve est plus difficile que la traversée de la Manche : personne n’a réussi la traversée triple malgré la distance un peu plus courte, alors que 4 personnes ont réussi la traversée triple de la Manche.

Les courants de marée sont plus forts que ceux de la Manche et il y a des turbulences. Les marées sont assez imprévisibles : un nageur a déjà été poussé vers le sud par une marée pendant environ 4 heures. Puis, la marée qui devait le ramener a disparu et il a dû se battre pendant 8 heures avant de regagner la terre ferme.

Il y a aussi 10 % de chance de croiser des requins.

De plus, comme nous serons en mars, c’est la fin de l’été dans l’hémisphère sud. Cela veut dire que j’ai dû faire tous mes longs entraînements en piscine plutôt qu’en eau libre. L’horaire des entraînements était déjà un cauchemar, sans mentionner l’effet des virages sur mon corps.

À quoi pensez-vous lorsque vous nagez?

Parfois, les premières heures sont les plus difficiles, car je me mets à penser « Dans quoi est-ce que je me suis embarquée? »

La nuit dans les eaux froides est très difficile pour moi. J’aime habituellement la nuit, mais lorsque l’eau et l’air sont tous les deux froids, je commence à craindre de souffrir d’hypothermie avant d’arriver à la fin.

Colleen, quel sera votre rôle lors de ce voyage?

Je serai responsable de surveiller sa température corporelle et sa cadence, de l’entraîner et de corriger sa technique, et de contrôler son alimentation. S’il y a des décisions difficiles à prendre, son mari s’en occupera.

Lorsque nous serons en Nouvelle-Zélande, je vais m’entraîner avec elle quotidiennement pour étudier son style et sa vitesse pour mieux adapter la cadence lorsque ce sera nécessaire.

Quel sera le soutien principal dont elle aura besoin?

Je serai évidemment là pour le soutien moral. Je me dis que Marilyn doit être confortable avec moi, que ce soit dans l’eau ou en dehors, afin qu’elle puisse se concentrer uniquement sur sa nage. Son mari et moi nous occuperons du reste.

Comment vous sentez-vous en sachant que vous l’avez inspirée?

Je suis honorée qu’elle me déclare comme son inspiration pour revenir à la nage en eau libre. Elle a pris le taureau par les cornes et s’est donnée à fond pour traverser d’énormes étendues d’eau. Je suis très fière d’elle et sa détermination m’impressionne.

Marilyn, quels sont les plans pour la suite?

Il y aura toujours une autre traversée pour me faire rêver. Cependant, mes articulations laissent entendre leur désaccord, je ferai peut-être seulement une ou deux autres nages d’envergure après celle-ci. Ensuite, je retournerai aux compétitions avec les Maîtres.

Pourquoi vous êtes-vous associée à une œuvre de charité?

La publicité qui entoure une telle épreuve est une excellente occasion de ramasser des fonds. Sashbear a été inspirée par une nageuse d’Etobicoke de 20 ans qui s’est suicidée en raison d’un trouble de personnalité limite. En tant que psychiatre, j’ai traité plusieurs patients qui en souffraient et j’ai souffert avec eux de leurs pensées suicidaires.

Les dons à la fondation Sashbear servent à offrir des formations pour des traitements efficaces qui permettent aux patients et à leur famille d’éviter une fin tragique.

Liens : http://www.hamiltonnews.com/community-story/6273982-hamilton-marathon-swimmer-marilyn-korzekwa-eyes-new-zealand-s-cook-strait/

http://www.cookstraitswim.org.nz/

Laura E. Young est une nageuse chez les maîtres qui habite à Sudbury. Elle est l’auteure du livre Solo Yet Never Alone Swimming the Great Lakes, qui décrit les traversées réussies ou incomplètes des Grands Lacs, incluant celles de Korzekwa et Shield. Twitter @LauraEYoung2

 

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